Noblesse et Titres à vendre ? Mais c’est au Rwanda que cela se passe.

Atlantico :

Renversé en 1961 et habitant aujourd’hui l’Etat américain de Virginie, le roi Kigeli V du Rwanda organise un business florissant, celui de la vente de titres de noblesse. Certains sont en effet prêts à payer pour obtenir un titre ou une particule. Mais pourquoi donc les titres de noblesse ont-ils toujours la côte ?

Eric Mension-Rigau : La force d’attraction réside dans le fait que la noblesse incarne une réelle permanence dans la société, elle a le privilège de la longue durée, en particulier en France puisque les anoblissements sont clos. Etre noble c’est l’être par la naissance. Cette attraction est d’autant plus forte qu’elle s’exerce à l’égard de quelque chose qui est devenu rare et qui est limitée à un petit nombre. De plus, les familles nobles incarnent une capacité à durer : de façon multi-générationnelle, grâce à leur patrimoine, leur identité, leur mémoire et un certain nombre de pratiques sociales et culturelles spécifiques. Ce qui est étonnant avec le roi Kigeli du Rwanda, c’est que justement le Rwanda a une histoire moins prestigieuse et moins ancrée dans le temps au niveau culturel que le Saint-Empire romain germanique ou le Royaume-Uni. Un titre décerné par le roi du Rwanda me parait ne pas être porteur de la même auréole qu’un titre de noblesse porté par quatre siècles d’histoire européenne. Ce n’est pas le titre en soi mais sa signification qui attire.

Quels sont les avantages de l’obtention d’une telle distinction ? Qui en sont les demandeurs ?

L‘auréole de l’ancienneté et le beau nom peuvent servir dans le monde des affaires, notamment dans l’industrie du luxe. Quand vous travaillez chez Mellerio ou Hermès, il est préférable, de s’appeler Mademoiselle de La Rochefoucauld que Mme Durand. Lorsqu’elles sont nées dans l’aristocratie et qu’elles épousent Mr. Durand elles gardent leur nom de jeune fille, à contrario si elles sont nées Mme Durand et qu’elles épousent quelqu’un de l’aristocratie, elles se gardent bien de rappeler leur nom de jeune fille. Le monde du luxe (immobilier de luxe, joaillerie, haute couture) est peuplé de femmes qui portent des noms à particule. C’est bien la preuve que cela donne une auréole de richesse de prestige, d’assurance. C’est pour cela que les titres et les particules sont sollicités.

Existe-t-il en France un business autour de la vente de titres de noblesse ? Comment s’en procurer et à qui profitent-ils ?

Sachant que l’aristocratie est un monde cloisonné, comment sont reçus les nouveaux détenteurs de titre de noblesse? C’est un business qui n’existe pas encore en France, il existe en Allemagne ou en Angleterre, visiblement aux Etats-Unis également, mais ce sont des cas isolés. C’est le signe de la persistance d’une forte attraction de la noblesse auprès des gens riches. En Allemagne, une personne peut recevoir un titre à la seule et unique condition qu’elle se fasse adopter. Moyennant finance, la famille noble adopte un individu qui change de nom et acquiert ainsi le titre contenu dans le nom de famille. En effet, en Allemagne, au lendemain de la seconde guerre mondiale quand a été créé la RFA, la noblesse fut sauvée dans la mesure où les titres de noblesse ont été intégrés dans les noms, à la différence de la France. Mais si juridiquement, la noblesse allemande peut reconnaître le nouveau noble (qui doit être très fortuné), il ne sera certainement pas reçu les bras ouverts. La Royauté n’existe plus en Allemagne, mais la noblesse conserve, comme partout ailleurs, l’idée qu’on devient noble par le sang, le mariage, ou pour service rendu à l’Etat (dans le cas l’adoubement par la royauté, comme en Angleterre).

Concernant la France, les titres ne peuvent pas être vendus ou achetés, d’ailleurs la procédure d’acquisition de titres est surveillée de près : les titres authentiques doivent être délivrés par lettres patentes et faire l’objet d’une procédure d’enregistrement au seau de France, c’est-à-dire au ministère de la Justice. La plupart de ceux-ci sont des titres de courtoisie, ils n’ont pas de valeurs juridiques. Ceci s’explique historiquement, puisque le titre a toujours valu moins que l’ancienneté familiale. A la cour sous Louis XIV jusqu’à la fin de l’ancien régime, il fallait avoir un titre pour être présenté à la cour et en général on choisissait le titre de comte ou de marquis mais le prestige s’obtenait grâce à la hiérarchie des familles et l’illustration du nom et pas uniquement par le titre, à la différence des autres pays.

Subsiste-t-il une mythologie autour de ces titres ?

Bien sûr, il subsiste l’idée d’illustration ancienne, ce sont des noms rattachés à l’histoire française. Lorsque vous regardez l’armoriale de l’association de la noblesse française vous avez des pages entières de l’histoire de France qui défilent : l’histoire des croisades, des guerres d’Italie, de la monarchie sous Louis XIV, des lumières… Cela raccroche une famille à la grande histoire, ce qui façonne le mythe. L’idée de permanence et de stabilité au sein des élites, c.a.d des familles stables et s’inscrivent dans le haut de l’échelle sociale sur une longue durée participent également à l’élaboration d’un tel mythe.

Et enfin, le côté glamour joue pour beaucoup. L’aristocratie est un milieu mondain avec un certain nombre de pratiques sociales et culturelles : les modes de sociabilité, les grands mariages, l’éducation de politesse, de soucis d’élégance.. Elle représente le raffinement français qui plaît aux étrangers, notamment aux grandes familles du Golfe. Par ailleurs, cette mythologie s’exprime par le rapport foncier, notamment en Angleterre. L’aristocratie était à l’origine représentée par des propriétaires de fiefs. En France, la seule trace de cette origine terrienne de la noblesse reste c’est le château. L’Angleterre, à la différence de la France, a conservé d’énormes domaines fonciers et c’est une véritable exclusivité en Europe. Grâce au National Trust, elle n’a aucun problème de transmission de patrimoine et, en plus de cela, elle est soutenue par la monarchie, ce qui permet à l’aristocratie britannique de se maintenir. En France, des familles qui possédaient, comme les Rohan, la moitié de la Bretagne n’existent plus aujourd’hui.

http://www.atlantico.fr/decryptage/pourquoi-titres-noblesse-continuent-avoir-cote-eric-mansion-rigau-859655.html

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